PORTFOLIO / REPORTAGE

LE CAMP DES MILLES

09.17.16

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A l’occasion de la journée du patrimoine (le 18 septembre dernier), je me suis rendue sur le site-mémorial du Camp des Milles.

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Pour ceux qui ne connaissent pas, c’était un camp d’internement et de déportation français, ouvert en septembre 1939 (il y a 77 ans exactement !), dans une usine désaffectée (une tuilerie), au hameau des Milles à Aix-en-Provence. C’est aujourd’hui un lieu de mémoire et de réflexion sur les mécanismes humains qui mènent à ce résultat désastreux.  C’est un vrai patrimoine historique puisque c’est le seul grand camp de France resté intacte !

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Plus de 10000 personnes de tout âge et de toutes nationalités y ont été enfermés.

Autant dire, que c’est pas l’endroit le plus fun pour aller passer un dimanche ensoleillé, mais déjà il faisait gris, et puis je trouve que c’est un devoir civique (le devoir de mémoire ndlr) de s’y rendre au moins une fois. Paul Eluard disait : Si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons », c’est, je crois, très important de ne pas oublier ce que la haine peut avoir comme conséquences sur l’homme.

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Bien que ce site n’était pas un camp d’extermination, mais bien de transition pour la déportation vers des camps comme Auschwitz, cela n’en restait pas moins un « couloir vers la mort ».

Ce lieu a connu la souffrance, les drames, les pleurs, les séparations, la peur, les maladies, les suicides, bref, un lieu qui a vu la mort en face ! Au gré de la visite, on arrive à vraiment ressentir l’horreur que cela devait être pour les détenus, l’attente du verdict (souvent on les appelait à monter dans les trains la nuit), les questions qu’ils devaient se poser, le nombre de réponses qu’ils n’ont pas eu le temps d’avoir…

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Petite parenthèse au passage, je suis de nature très sensible, donc ce genre de lieux me mettent très mal à l’aise, car ils sont quand même très chargé d’un point de vu énergétique… (mais qu’est-ce qu’elle raconte???! Elle ne devait faire un blog mode ?!), donc âmes sensibles sachez que ce ne sera pas le meilleur moment de votre vie !

C’est vrai que c’est un sujet difficile et pas vraiment en relation avec les thèmes que j’aborde habituellement, mais il m’arrive d’être sérieuse de temps en temps (si si !) et j’aimerais que mon blog soit aussi un espace de réflexion sur des sujets plus profonds comme celui là.  Je tenais donc à faire cet article particulièrement car cette période historique m’a clairement marquée et j’avais besoin de faire un point sur cet endroit que peu de gens connaissent au final alors qu’il est à Aix ! Enfin, j’ai toujours eu un fort sentiment d’injustice, et forcément cet endroit l’a réveillé violemment, d’autant que l’on comprend clairement que la France à participé à cette horreur… On est donc tous concernés. Fin de la parenthèse !

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Tout était donc regroupé pour vivre un vrai cauchemar : la nourriture d’abord, imaginez : des soupes à répétitions avec des drôles de trucs dedans… (berk ! ) Puis les conditions d’hygiène déplorables : ils se nettoyaient grâce à l’eau d’un puit (froide « évidemment sinon c’est pas drôle »…) qu’il fallait aller chercher à pied sous la surveillance des gardes armés; des excréments et des odeurs nauséabondes un peu partout (désolée pour les détails) notamment parce que la nuit il fallait enjamber des corps (ils dormaient tous à même le sol !) pour aller aux toilettes donc pour les personnes âgées, les malades ou les enfants par exemple c’était un vrai calvaire ! Ou encore, les conditions climatiques parfois extrêmes, les punaises qui attaquaient sans arrêt (déjà les moustiques, c’est compliqué, mais les punaises quand j’en vois une, j’ai littéralement une crise cardiaque…!) Bref, une liberté barrée d’un trait noir, une intimité bafouée et humiliée, et heureusement parfois un semblant de vie « sociale » organisée.

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les « chambres des femmes » (avec les poutres souvent pleines de punaises qui les attaquaient pendant la nuit – témoignages )

Pour ma part, je faisais automatiquement des parallèles avec ma propre vie, je me mettais à la place de ces personnes, j’avais besoin d’imaginer ce qu’elles avaient vécues, leurs conditions de vie, qu’on nous explique relativement bien pendant la visite, et rien que d’imaginer les détails comme de  devoir être séparée des hommes (de mon chéri par exemple ou même de mon frère, de mon père etc..) rien que ça, ça me paraissait inhumain. On a accès à tout, les lieux où les détenus dormaient, faisaient leurs toilettes, tout dans les détails et ça donne vraiment des frissons ! C’est du live, c’est du réel, on a la vérité en face de nous.

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L’endroit est très bien fait (et préservé), il y a un petit film d’introduction à notre arrivée, un autre pour approfondir, plusieurs espaces différents, avec des témoignages, des récits de vie, une librairie spécialisée sur le sujet, et toute une partie sur les oeuvres qui ont été réalisées à l’intérieur du camp, car de nombreux artistes y ont été placés.

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J’insisterai donc sur cette touche positive, (si on peut dire…), qui souligne que dans les heures les plus sombres, l’esprit créatif humain est plus puissant que la barbarie. Des poèmes, des dessins, des représentations de théâtre,… une résistance à la persécution par les arts et la création intellectuelle a vu le jour au sein de ce camp et c’est magnifique, je trouve. Plus de 300 oeuvres ont été créée dans cet espace sordide, une preuve que la vie doit vaincre malgré la mort qui nous guète. C’est ce que je retiens des réactions de ces personnes exemplaires qu’il ne faut pas oublier.

Un dernier espace est dédié à la réflexion et fait le parallèle avec les problèmes que nous pouvons plus que jamais rencontrer aujourd’hui, le racisme, l’antisémitisme, l’intolérance, la violence, l’injustice, le terrorisme…. Cette visite nous force à nous rappeler que nous sommes face à une situation mondiale actuelle compliquée, avec certains points communs qui doivent nous rendre précautionneux face à la montée de l’adversité…. Je prône la paix, encore plus quand je regarde en arrière. Le camp des milles, nous pousse dans le souvenir de ce passé douloureux pour prévenir le futur d’un risque omniprésent.

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Ce site souligne encore une fois, la dichotomie de l’être humain, l’horreur humaine ou sa beauté. C’est donc à chacun d’entre nous de nourrir le bon qui se trouve en nous et d’en estomper le mauvais.

Pour finir, je me permets de reprendre les mots d’un détenu : LA LIBERTE, LA VIE, LA PAIX, pour tous !

Love,

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Sources : visite guidée et le site web du Camp des Milles

Crédit photos : by Ssika

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On the 18th of september (called « heritage day » in France), I’ve been visiting the memorial camp of Les Milles (Aix-en-Provence).

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For those who don’t know about it, it was a french deportation camp, opened in 1939 in a disused factory (a tilery) in Les Milles, Aix-en-Provence. It is today a memorial and reflection site that shows all the human (or should I say unhuman) mechanisms which lead to this awful result. An historical heritage because it is the only french camp that remains undamaged today.

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More than 10000 people of any ages and nationalities were locked there.

Let’s say it is not the funniest place to spend a beautiful sunny sunday, but I think it is clearly a civic duty to go there at least once in your life. Paul Eluard said : « If the echo of their voice weakens, we shall die », so I think it is very important that we don’t forget how hatred can have a real consequence on human beings.

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Despite the fact that this site wasn’t an extermination camp, but a transitional camp for the deportation towards camps as Auschwitz, it was still a « corridor towards death ».

This place have seen pain and misery, dramas, tears, separations,  fear,  disease,  suicides, in brief, a place which « looked death in the face ».

During the visit, we can easily feel the horror that it had to be for them, the expectation of the verdict (they were called sometimes during the night to go on the train…), the questions they couldn’t ask, the multiples answers they might not have the time to get.

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I am a very sensitive person, so this kind of places makes me very uncomfortable because the energy is so « heavy »… (What is she talking about??? I thought it was a fashion blog !!?) To sensitive souls know that it will not be the best moment of your life !

I know it is a hard subject and not really the one I am used to approach, but you know, we can be serious for a while right? I want my blog to be also a place of reflexion… And I wanted to write this article because, this historical period clearly disturbed me.  Also, I feel like a few people know about this place ! Finally I’ve always had a thing about injustice, and this place trelendously awakened it, especially because we certainly understand  that France has participated to this horror … I really needed to speak about it for those reasons.

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Everything was literaly a nightmare ! Think about the food for example, can you imagin eating weird and disgusting soup all the time !? Then, there were the awful sanitary conditions : they cleaned themselves with well water (cold of course!) that they had to go getting by foot under the armed guards supervision, excrements and foul offensive smells almost everywhere (sorry about the great details !) in particular because at night it was necessary to step over bodies to go to the toilet (they were all sleeping on the ground) and for the elderly people, the sick one or the children for example, it was an ordeal. Or still, the extreme weather conditions, the lack of freedom and intimacy, but fortunately sometimes an appearance of an « organized social life » .

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here is the woman « bedroom » (With beams often full of lygus bugs who attacked them at night – testimony )

As for me, I was automatically doing parallels with my own life. I was trying to imagine what they have been through, their living conditions which is well explained during the visit, and by only imagining to be separated from all the men (that is to say from my boyfriend, my brother, my dad….),it felt so bad, so inhuman. We had access to everything : the places they were sleeping in, the places they were cleaning themselves etc … That really gave me shivers.

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The camp is very well done, there is an introduction movie, another one to go deeper with the subject, many different spaces, with testimony, life narration, a specific library and a whole part about the art work that was done inside the camp, because numerous artists were placed there.

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I would like to insist on the positive side of the story (if I may say so…) that shows that within the darkest hours, glimmers of hope and life’s beauty can stand out from it. Poems, drawings, theater representations, persecution resistance by arts and intellectual creation was born within this camp and this is amazing. More than 300 works were created on this site, a proof that life has to overcome in spite of the death stalking on us. It is what I hold about those exemplary reactions which we shouldn’t forget.

A last space is dedicated to reflection and draw a parallel with the issues we can encounter more than ever today internationally : racism, anti-Semitism, intolerance, violence, injustice, terrorism….

This visit reminds us that we are in a similar global worldwide complicated situation, with commonalities that has to lead us to be careful in front of the rise of adversity…. I pray for peace, even more when I look behind. Le camp des milles, pushes us to remind ourselves of this painful past, and warn our future of an omnipresent risk.

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This site underlines once again, the dichotomy of the human being, the human horror or its beauty. It belongs to each one of us to feed the good or the bad side of ourselves.

To conclude, I would allow myself to use the words of a prisoner : THE FREEDOM, THE LIFE, THE PEACE, for all!

Love,

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Sources : my own visit & the  Camp des Milles ‘s website

Crédit  : by Ssika

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2 comments on “LE CAMP DES MILLES”

  1. Très beau reportage! Ces endroits sont des portails temporels pour nous rappeler les erreurs du passé et nous faire revenir sur terre loin de ce contexte de vie superficiel qu est le notre actuellement….

    1. Merci beaucoup Marine, j’avais un peu peur d’aborder ce sujet qui est tellement sensible que ton retour me rassure quelques peu. Oui tu l’as très joliment dit, j’ajouterais à cela que dans ce contexte lourd et horrifiant, un brin de légèreté n’est pas de trop et c’est pour cela que sur mon blog, je propose de parler de si jolies choses, un peu superficielles certes, mais c’est ce lot de futilités qui rends la vie plus belle (un peu mon slogan, rrooo c’est beau, je m’étonne moi-même !) Toujours avec beaucoup de dérision bien sûr tu l’as vu, pour pouvoir voir le monde autrement que comme on nous le montre aux infos ! Parce que la vie se doit d’être belle ! Merci pour ton retour et hâte de te relire sur ce blog! ++
      Ssika <3

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